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#Israël et #Gaza : les questions sans réponse de la propagande à la fabrication de la paix

manifgaza kalachnikov

Lors des discussions que j’ai eu sur Internet à propos de la guerre entre Israël et Gaza, je me suis retrouvé à discuter avec des personnes qui pensaient détenir la vérité. Mais après quelques échanges, il y avait un vrai abyme de connaissance sur ce qui se passait. Parce que les yakafokon sont faciles lors qu’on vit en France, Belgique, Canada ou aux Etats-Unis. Depuis Israël et la Palestine, la réponse est tout de suite moins simple.

J’ai déjà expliqué certains points qu’il était absolument nécessaire de comprendre dans cet article comme :

  • le fait que ce qui se passe n’est pas un génocide
  • le fait que la disproportion fait partie des relations entre les deux pays
  • le fait que le décompte des morts civils est une supercherie
  • le fait que quoiqu’il arrive, ça finira mal.

J’ai aussi déjà expliqué qu’il est très difficile de savoir avec certitude ce qui se passe dans Gaza tant les journalistes ne sont pas libres d’officier.

Mais puisque la pédagogie explique qu’il faut se répéter pour faire comprendre un message, il y aura donc des redites. Mais commençons d’abord par la France puis je vous emmène en Israël et Paslestine.

Manifester pour Gaza ou pour Israël

Bien entendu, rien n’interdit de manifester son soutien pour l’un ou pour l’autre des belligérants. Les deux ont des torts, les deux ont d’excellentes raisons de faire la guerre. Je n’ai personnellement manifesté dans aucune manifestation de soutien à l’un ou l’autre des belligérants. D’abord parce que manifester pour soutenir une guerre, très peu pour moi. Moi j’ai manifesté pour la Paix. Manifester est un droit en France mais j’ai trouvé les deux manifestations partisanes terriblement contre-productives.

D’abord la manifestation pro-israélienne. Je ne comprends pas qu’on puisse aller conforter en France la politique de Netanyahou visant à retarder la paix parce qu’il est dans un gouvernement bancal en compagnie du Front National local. Car pour le FN local, les arabes israéliens musulmans ou chrétiens, ce sont les juifs pour le FN en France. J’aurais aimé que les Français juifs se déplacent d’abord pour montrer leur désaccord avec une alliance contre-nature. Je trouve aussi totalement incongru d’avoir des slogans belliqueux même si cette manifestation fait suite à de nombreuses manifestations pro-palestiniennes tout aussi belliqueuses. Et puisque j’en suis à parler des manifestants pro-israéliens, autant faire un laïus sur la LDJ. Ce groupuscule est le meilleur allié des pro-palestiniens. Ils ont une rhétorique raciste et haineuse qui dessert autant la paix que n’importe quel groupe extrémiste dans le camp opposé.

manifgaza kalachnikovEnsuite, la manifestation pro-palestinienne. Je ne comprends qu’on puisse adouber la politique du Hamas visant à faire le plus de victimes palestiniennes pour obtenir le soutien de l’opinion internationale. Je comprends par contre tout à fait qu’on manifeste contre les morts inutiles de cette guerre. Mais Israël et les groupes djihadistes sont à mettre dos à dos dans ces morts. Les premiers pour ne pas être d’assez bons tireurs et rater parfois leur cible (souvenons-nous des 4 enfants qui jouaient sur la plage), les seconds pour se cacher comme des lâches au milieu de la population en tirant leurs rockets près des différents refuges (école, mosquées, hôpitaux, camps de réfugiés…) et en empêchant les innocents de fuir alors qu’ils savent que l’armée israélienne va bombarder le quartier. Je ne comprends pas non plus que les manifestants se soient laissés débordés par des extrémistes qui ont fait des quenelles et des saluts nazis, tagués des croix nazis, lancés des slogans antisémites et belliqueux.

Je ne parlerai même pas des organisateurs des manifestations pro-palestiniennes. S’ils sont nombreux à être légitimes et sincères, je ne peux pas comprendre comment tant de personnes se sont commises à manifester aux côtés du Parti des Indigènes de la République (PIR), parti anti-« souchien ». « Souchien » étant le terme utilisé par l’extrême-droite française pour parler des Français « blancs ». Le PIR est donc anti-blanc et donc raciste. Si j’ai un problème avec la LDJ, j’en ai aussi un avec le PIR en tant qu’anti-raciste. Il est d’ailleurs hallucinant de voir des antiracistes manifester aux côtés de ces gens-là.

Les raisons de la reprise du conflit

Plusieurs versions s’entrechoquent pour une guerre commencée il y a un peu  plus d’un mois. Les premiers diront que c’est le kidnapping (lien anglais car les médias français sont incroyablement mauvais pour suivre l’actualité internationale) puis l’assassinat de 3 adolescents israéliens mis sur le dos du Hamas en juin. D’autres diront que les opérations policières pour retrouver les kidnappeurs n’ont rien à voir avec cette guerre et que c’est en fait l’Iran qui est responsable de cette guerre car l’Iran voulait tester le dôme de fer d’Israël pour voir si une attaque de roquette pouvait mettre à mal Israël. D’autres estiment qu’Israël a cherché un prétexte pour attaquer Gaza ou la Cisjordanie suite à la paix entre Fatah et Hamas. D’autres enfin estiment que la guerre a été déclenchée par la reprise des tirs du Hamas sur Israël et qu’Israël a mis une semaine pour répliquer. Il n’y a pas de réponse juste à cette question. Tout micro-événement devient énorme et peut faire exploser la région. Ici, c’est l’amoncellement de micro-événements qui a déclenché le conflit entre Israël et Gaza dans cette poudrière. Il y a une chose de sûre. Ni le Hamas, ni le gouvernement de droite et d’extrême-droite israélien mené par Netanyahou ne veulent la paix. D’ailleurs, le Fatah, non plus, ne veut la paix. Ils avaient préféré lancer les négociations de paix avec le Hamas plutôt qu’avec Israël dès mars 2014.

La proportionnalité de la réponse

Lorsqu’Israël répond à un lancer de roquette ou à l’invasion de son pays pour kidnapper des civils, le pays se doit de réagir. Mais Israël ne peut pas réagir de façon proportionné en lançant une roquette sur des civils ou en kidnappant un adolescent. Israël n’est pas un Etat terroriste. L’une des solutions est de détruire les moyens et les armes du Hamas pour éviter justement les kidnappings et les tirs de roquettes. Lors d’une des conversations que j’ai eu où l’on mettait en cause la disproportionnalité des moyens entre Israël et le Hamas, j’ai justement demandé quelle était la bonne proportion.

A cette question, je n’ai pas eu de réponse. Et je ne la connais pas moi-même. Si un de mes lecteurs a une réponse, il peut la mettre en commentaire.

Le décompte des morts

Hamas garconComme je l’ai dit précédemment, le décompte des morts est faux. Dans la bande de Gaza, il n’y a pas d’armée. Donc dire qui est un terroriste du Hamas ou qui est un civil n’est pas faisable. L’ONU donne des chiffres qu’ils récupèrent du ministère de la Santé du Hamas ou d’associations palestinienne à Gaza. Or, comme les associations palestiniennes à Gaza sont toutes plus ou moins sous la coupe du Hamas -les associations dirigées par des proches du Fatah ont toutes été démantelées et leurs dirigeants assassinés suite à la guerre civile entre le Hamas et le Fatah- il est impossible de s’appuyer sur ces chiffres. Ce sont des données de propagande. Il en est de même du côté israélien d’ailleurs. Israël annonce avoir tué plus de 750 terroristes du Hamas, détruit 32 tunnels qui entrait en Israël et détruit de 30% à 40% de l’arsenal du Hamas. Il est aussi impossible de s’appuyer sur ces chiffres puisqu’Israël est dans un processus de propagande.

Il m’est d’ailleurs toujours étonnant de voir le décompte des morts. Un enfant de 10 ans qui transporte des munitions pour les combattants du Hamas est-il considéré comme un combattant ? Et une femme qui lance une grenade est-elle une combattante ? Et quand ils arrivent à l’hôpital, comment sont-ils comptabilisés ?

Les crimes de guerre

Il n’y a pas à se poser de question. Il y a eu, il y a et il y aura des crimes de guerre. Le Hamas tire depuis des zones civiles et vise des zones civiles, De fait, Israël vise les zones d’où sont tirées les roquettes, peuvent rater leur cible et tuer d’innocents civils. Les crimes de guerre sont légions dans les dernières guerres qu’a subi le monde. En Syrie, les rebelles et le gouvernement ont été responsables de crimes de guerre. L’ONU a d’ailleurs dénoncé les dommages effectué dans le camp de réfugiés palestiniens à Yarmouk en Syrie qui peuvent être considérés comme des crimes de guerre. Il en est de même en Irak où l’EIIL commet des crimes de guerre et les Occidentaux en Irak aussi en ont commis. Au Mali aussi -où la France est engagé-  des crimes de guerre ont été commis par Al-Qaida au Maghreb et l’armée malienne. Il n’est pas question, ici, de légitimer les crimes de guerre. Il est question, ici, de comprendre qu’une guerre finit toujours pas être sale. Et le fait d’être une démocratie ne permet pas d’éviter l’accusation de crime de guerre. [Mode bisounours : on] Si vous ne voulez pas de crime de guerre, ne faîtes pas la guerre.   [Mode bisounours : off]

La paix

Il n’y aura pas de paix maintenant. La paix signifiant qu’Israël et le Hamas et le Fatah s’accordent sur des frontières, une capitale, une reconnaissance mutuelle… Ne rêvons pas. Comme dit plus haut, aucun n’est prêt à faire la paix. Il y aura donc une  trêve. Des négociations ont lieu en ce moment au Caire et il semblerait qu’Israël a obtenu un arrêt des lancements de roquettes pendant 72 heures pour négocier les conditions d’un cessez-le-feu durable. Jusqu’au prochain épisode… Il est en tout cas certain que la tribune de Villepin n’est en rien la gageure d’une paix durable. Ce n’est pas en tapant sur un seul et unique belligérant que l’on arrive à faire la paix surtout lorsque les deux sont coupables. Cette tribune montre bien l’ignorance crasse de l’ancien premier ministre et ministre des affaires étrangères français. Pour faire la paix, il faut forcer Palestiniens et Israéliens à se mettre autour d’une table. Tous les alliés du Fatah et d’Israël ont besoin de cette paix que ce soit le Liban, la Jordanie, l’Arabie Saoudite pour le premier ou les Etats-Unis pour le second. Car ils ont tous désormais intérêt à cette paix. Pour eux, aujourd’hui, l’arrivée d’un soutien régional de poids dans la guerre qui se prépare contre les Islamistes de l’EIIL (Etat Islamiste en Irak et au Levant) est devenue la priorité absolue. Car n’oublions pas que toute personne contre le Califat islamique est son ennemi. Musulman ou non.

Netanyahou doit comprendre qu’il ne peut pas faire la paix qu’avec le Fatah et qu’il faudra un moment ou un autre intégrer toutes les composantes palestiniennes dans le processus. Il doit aussi comprendre que la multiplication des colonies va à l’encontre de la paix qui doit se faire sur la base de  l’initiative de Genève. Le vrai danger pour Israël se situe dans la nébuleuse des Frères Musulmans et de l’EIIL et son califat. Le Fatah doit comprendre que ses positions sur le droit au retour n’est pas viable. Et le Hamas doit comprendre que c’est en entretenant des relations apaisées avec ses deux voisins qu’ils sortiront Gaza de son enclave. Et pour commencer à parler de paix, le Hamas devra faire le premier pas en abandonnant la lutte armée et en coupant absolument tous les ponts avec l’Iran, les Frères Musulmans et l’EIIL  s’ils veulent faire partie de la solution et non du problème.